NDP Transition Research 2026 · Research notebook
Le Droit

Poilievre boudé, Carney adoubé

Chronique sur les élections partielles du 31 août 2026. Archivée pour la section « Le NPD heureux » sur la remontée néo-démocrate dans Beaches—East York et la réaction d'Avi Lewis.

Note Chronique sur les élections partielles du 31 août 2026. Archivée pour la section « Le NPD heureux » sur la remontée néo-démocrate dans Beaches—East York et la réaction d'Avi Lewis.

La victoire libérale dans Beaches—East York et North Vancouver—Capilano ne faisait pas vraiment de doute: ce sont des sièges que les libéraux remportent confortablement depuis 2015. Celle dans Chicoutimi—Le Fjord, par contre, confirme que les électeurs aiment ce que fait Mark Carney et rend légitime la majorité qu’il s’était concoctée à coups de transfuges.

Les conservateurs sortent meurtris de cette bataille. Ils ont perdu ce siège et leur part du vote a fondu, passant de 34,1 % (en 2025) à 12,5 %.

Sauf qu’il faut se rappeler que Chicoutimi n’était pas un siège naturel pour eux.

C’est la popularité de leur candidat, l’ex-entraîneur de hockey Richard Martel, qui faisait la différence. Il faut remonter à 1997 pour trouver un autre conservateur élu là-bas. Et encore! André Harvey était lui aussi une vedette locale. De sorte que, lorsqu’il est passé chez les libéraux de Jean Chrétien, il a réussi à se faire réélire comme rouge. Les allégeances conservatrices, là-bas, sont très circonstancielles…

Ce qui est intéressant, c’est que la quasi-totalité du vote conservateur semble s’en être allé chez les libéraux. Car le Bloc québécois, lui, n’a pas bougé. Il avait obtenu 31,2 % en 2025 et il a reçu 32,9 % lundi. Les 21,6 points de pourcentage que les troupes de Pierre Poilievre ont perdu sont allés presque totalement (+20,2) aux libéraux.

Le NPD heureux

Ce qui nous amène à la circonscription torontoise de Beaches—East York. Les libéraux y ont été réélus, mais leur score très confortable de 55,7 % représente une diminution par rapport aux 67,7 % reçus l’an dernier.

Les conservateurs y ont aussi perdu huit points. C’est le NPD qui pavane, car lui qui s’était fait laminer en 2025 (6,9 %) est remonté à 25,8 %. Cela se rapproche de sa moyenne historique dans cette circonscription aux forts accents orange, d’ailleurs voisine de celle où feu Jack Layton se faisait élire.

Beaches—East York est le genre de circonscriptions où le vote progressiste est très fort, mais aussi très stratégique. Un endroit où on n’hésite pas à voter rouge si cela peut faire barrage aux bleus. Là-bas, on est d’abord anti-conservateur, et néodémocrate ensuite.

L’effondrement du vote du NPD en 2025 s’expliquait beaucoup par les sondages qui avaient longtemps donné Pierre Poilievre vainqueur. Plusieurs de ces électeurs de gauche se sentent aujourd’hui floués.

On assiste donc à un rééquilibrage de l’échiquier politique. En se recentrant, le Parti libéral bouffe du vote conservateur, mais perd le vote néodémocrate qui retourne au bercail. Le nouveau chef Avi Lewis n’a d’ailleurs pas manqué de le souligner, mardi. «En 2025, de nombreuses personnes ont voté pour les libéraux par crainte de Donald Trump et de Pierre Poilievre. Mais l’électorat commence à regretter d’avoir voté pour Mark Carney», a-t-il déclaré.

Poilievre menacé?

Loin des micros, des conservateurs se disent déçus et parlent de lundi soir comme d’une «déconfiture» et d’une «raclée».

Néanmoins, personne ne parle de dégommer le chef. Ils ont raison: ça ne changerait rien.

«Même si on change de chef, la personne qui va le remplacer va perdre pareil. Tant que Carney est là, y’a rien à faire, nous confie l’un d’eux. C’est notre vote qui vote libéral.»

«Pour l’instant, il n’y a rien à faire, abonde un autre. Il faut juste laisser le temps passer.» «Qui veut affronter Carney à la prochaine élection? Qui a la capacité de faire un débat avec Dieu le Père en personne?», demande un troisième.

Il reste trois ans au mandat majoritaire de Mark Carney. Trois ans, c’est long. Qui, en effet, aurait envie de sauter dans l’arène pour dire chaque jour de ces trois années que Carney est un incompétent en sachant qu’une bonne partie de l’électorat, incluant le conservateur, pense exactement le contraire? Il n’y a qu’un type de candidature qui aurait cette envie: celle de la trempe de Pierre Poilievre, plus allianciste-réformiste (trumpiste?) que conservateur. Exactement ce dont le Parti conservateur n’a pas besoin.

Nous l’avons souvent écrit: le problème du Parti conservateur est qu’il est peuplé par des militants plus radicaux que l’électorat en général. Et ce sont eux qui choisissent les chefs.

Anthony Koch, un ancien porte-parole de Pierre Poilievre, l’a bien résumé cet été dans le National Post.

«Les conservateurs sont divisés sur le populisme, l’immigration, Trump, la politique étrangère, les questions sociales, le rôle du gouvernement, la guerre culturelle et même à propos du profil des électeurs que le parti devrait essayer de représenter. Il y a un fossé de plus en plus évident entre l’establishment conservateur plus vieux, et une droite plus jeune et plus frustrée. Il y a ceux qui pensent que le parti est devenu trop radical et ceux qui pensent qu’il demeure désespérément timide.» M. Koch prédit qu’une course à la chefferie pour remplacer Pierre Poilievre ne ferait que mettre ces divisions plus en évidence encore sans réconcilier les clans.

Un député nous le confie d’emblée. «Même si on trouvait quelqu’un qui a de l’allure, on n’arriverait pas à le faire élire [chef] dans notre parti. […] Lors de la fusion entre l’Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur, c’est l’Alliance qui a pris le pouvoir. Mais il n’y a jamais eu de retour d’ascenseur.»

Les modérés ont été engloutis et n’arrivent pas à imprimer leur vision des choses à leur formation. Même si, à voir les succès de Mark Carney, c’est de cela qu’a envie l’électorat.

Il est évident que les conservateurs ne gagneront pas avec Pierre Poilievre. Mais il est aussi évident que, tant que la lune de miel entre Mark Carney et les électeurs durera, ils ne gagneront pas tout court. Pierre Poilievre est condamné. Mais on lui laissera le droit de rester en poste, car, pour l’instant, ceux qui auraient envie de prendre sa place ne feraient pas mieux que lui. Et ceux qui feraient peut-être mieux que lui n’en ont pas envie. Ils sont trop occupés à applaudir Carney.


Source: Le Droit. Reproduit à titre de référence en vertu de l’utilisation équitable (Loi sur le droit d’auteur, art. 29).