(Québec) Québec solidaire veut des « Costco québécois » publics, des magasins alimentaires à grande surface permettant aux familles de réduire leur facture d’épicerie en offrant des produits québécois. Un expert remet toutefois cette stratégie en question.
« On veut intervenir pour donner de l’oxygène aux familles, pour leur permettre de réduire la facture du panier d’épicerie », affirme la députée de QS Alejandra Zaga Mendez.
Elle fera cette proposition lors du congrès de Québec solidaire qui a lieu de ce vendredi à dimanche à Montréal.
La proposition de QS s’inscrit dans un courant de partis de gauche qui veulent trouver une solution à l’inflation du prix du panier d’épicerie, qui touche tout le monde, mais frappe encore plus durement les plus démunis. C’était une promesse phare, par exemple, du maire de New York, Zohran Mamdani, ou du nouveau chef du NPD à Ottawa, Avi Lewis. Dans le cas de Québec solidaire, on envisage plutôt un grossiste alimentaire.
Celui-ci, dit Mme Zaga Mendez, pourrait offrir de meilleurs prix en achetant en gros, pour fournir des aliments aux institutions publiques comme les écoles, les hôpitaux ou les centres de la petite enfance. Mais ce grossiste pourrait aussi vendre aux épiceries coopératives et même directement aux consommateurs québécois, dans le cadre d’un projet pilote d’une quinzaine de points de vente.
« Ça serait de style entrepôt, un modèle Costco québécois qui nous permettrait de faire des économies d’échelle », dit Mme Zaga Mendez.
Les constats faits par QS sont les suivants: le marché alimentaire est un oligopole contrôlé par une poignée de grandes enseignes, comme Walmart, Loblaw et IGA. Et alors que l’inflation alimentaire est à la hausse, les marges de profit de ces entreprises augmentent aussi.
Cette solution est critiquée. Une étude de l’Institut économique de Montréal conclut que les épiceries publiques promises par le maire de New York, la Ville de Toronto et le chef du Nouveau Parti démocratique du Canada sont « une fausse solution » pour faire baisser le prix du panier d’épicerie et ne feraient économiser mensuellement que 18 $ par personne.
QS s’appuie plutôt sur une étude du Centre canadien de politiques alternatives, affirmant que le consommateur pourrait voir sa facture diminuer de 30 à 45 %. Et on souligne aussi qu’en créant le Centre d’approvisionnement gouvernemental, la Coalition avenir Québec a permis des économies de près de 2 milliards en cinq ans « parce qu’on achète les choses en gros. Essentiellement, si on peut économiser en achetant d’importantes quantités de crayons. Pourquoi pas des oignons? »
« On veut créer de la concurrence en plus d’acheter des aliments produits ici. Avec ce nouveau joueur public, ça va pousser, on le souhaite, les autres à réduire leurs prix », dit la députée.
Maurice Doyon est professeur au département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. Il critique cette proposition.
« Discuter de ça, c’est drôlement intéressant. Mais si un parti politique veut augmenter la concurrence, ou lutter contre les déserts alimentaires, je miserais davantage sur les coopératives alimentaires », dit-il.
M. Doyon estime qu’il est faux de croire que l’inflation alimentaire n’est causée que par la gourmandise des détaillants. Les coûts de l’agriculture primaire ont explosé. Un exemple: le prix des tracteurs a pratiquement doublé en sept ans. « À 500 000 $, il faut en vendre, des carottes, pour amortir un véhicule comme ça », dit-il.
Et les transformateurs alimentaires ont signé dans les dernières années des conventions collectives qui ont haussé de façon notable le salaire des travailleurs. « Ce sont des usines où le travail humain est intense, ça fait augmenter les coûts », explique le chercheur. Et puis la hausse du prix du carburant a un effet sur le prix du transport.
Oui, les détaillants ont haussé leur marge, mais elle est passé de 1,5 % à 3 %, ça reste faible.
— Maurice Doyon, professeur au département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval
D’ailleurs, les consommateurs se sont lancés vers les chaînes à bas prix comme Maxi et Super C. M. Doyon souligne que leurs propriétaires, Loblaw et Metro, tirent leur épingle du jeu, contrairement à Sobeys et son enseigne IGA.
Les exemples cités par Québec solidaire et le Centre canadien de politiques alternatives: une chaîne publique mexicaine et les magasins militaires américains.
Au Mexique, « ça a plutôt été un désastre », dit M. Doyon. Pour les magasins militaires, « ils sont subventionnés, ça fait partie des avantages sociaux des militaires et ça ne reflète pas le coût réel », explique-t-il.
Québec solidaire estime qu’il faudrait débourser environ 100 millions de dollars pour créer une chaîne logistique de cette société d’État alimentaire, qui serait dotée ensuite d’un budget annuel de 85 millions.
« Si on veut vraiment rendre l’alimentation moins chère en choisissant cette voie, on va devoir faire comme les épiceries militaires américaines et subventionner la nourriture », estime M. Doyon. Mais si c’est la stratégie, pourquoi ne pas simplement hausser l’aide financière accordée aux ménages les plus pauvres? se demande-t-il.