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La Presse

Épiceries gérées par l'État | « Une fausse solution » pour économiser, selon une étude

(Ottawa) Les épiceries publiques promises par le maire de New York, la Ville de Toronto et le chef du Nouveau Parti démocratique du Canada sont « une fausse solution » pour faire baisser le prix du panier d’épicerie et ne feraient économiser mensuellement que 18 dollars par personne, selon une nouvelle étude de l’Institut économique de Montréal (IEDM).

Peu après que le chef néo-démocrate Avi Lewis eut promis aux Canadiens un réseau de supermarchés publics qui leur ferait économiser jusqu’à 40 % pour leur panier d’épicerie, bien des conservateurs au pays ont ridiculisé l’idée.

C’est « pas mal communiste », a lâché la première ministre albertaine Danielle Smith.

Puis, en déclarant à CBC que ces épiceries publiques n’offriraient pas une gamme de produits aussi vaste que les supermarchés actuels sous prétexte que « le choix démesuré, franchement, me ralentit pendant mes courses », M. Lewis a fait sursauter une nouvelle fois des ténors conservateurs.

« Il veut littéralement recréer les épiceries du régime communiste soviétique », a écrit en ligne, avec photos à l’appui, l’ancien premier ministre de l’Alberta et ancien ministre fédéral Jason Kenney.

Or, l’idée de ces épiceries administrées par l’État gagne du terrain au pays. Et Charles Lammam, qui est senior fellow à l’IEDM, lève un drapeau rouge.

« Si l’objectif est vraiment d’alléger la facture d’épicerie des Canadiens, la solution n’est pas de voir le gouvernement se lancer dans le secteur de l’épicerie, c’est d’éliminer les politiques gouvernementales qui font grimper les prix », affirme M. Lammam en entrevue avec La Presse.

Dans une nouvelle étude publiée jeudi par le think tank montréalais, M. Lammam conclut que les épiceries municipales, ou publiques « s’attaquent au symptôme, plutôt qu’à la cause » de l’inflation alimentaire.

Selon l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph, une famille canadienne de quatre personnes dépense en moyenne 17 571 $ par année en épicerie, ce qui représente environ 370 $ par personne par mois.

Les projets d’épiceries gérées par l’État, note M. Lammam, « ont déjà été essayés, et le résultat a été une série d’échecs coûteux et retentissants ».

Selon une récente analyse de la Banque du Canada, le principal moteur de la croissance de l’inflation alimentaire en 2025 semble avoir été les coûts des importations, surtout de produits transformés.

Ce qui fait dire à M. Lammam qu’il faut s’attaquer aux droits de douane sur les aliments, puis à l’élimination des barrières commerciales interprovinciales, entre autres choses.

Pour faire baisser les prix, poursuit-il, il faut augmenter la concurrence en ouvrant le marché aux épiciers indépendants et aux chaînes internationales et réduire les taxes sur le transport et la production.

En tout, il propose sept solutions, dont une réforme de la gestion de l’offre qui touche les produits laitiers, les œufs et la volaille, pour faire économiser « durablement » les ménages canadiens.

« Il est primordial de veiller à ce que, à l’échelle nationale ou provinciale, notre système fiscal soit concurrentiel par rapport à ceux des pays qui ne connaissent pas le même niveau d’inflation alimentaire, explique M. Lammam. Il est également crucial d’examiner le fardeau réglementaire, car celui-ci contribue fortement au coût des aliments au Canada. »

Si ces épiceries publiques peuvent effectivement fonctionner dans des déserts alimentaires en région rurale, souligne l’économiste, elles ne peuvent pas devenir un concurrent efficace aux épiciers privés bien établis.

C’est qu’au Canada, les marges bénéficiaires des épiciers se situent entre 3 et 5 % sur les aliments. La Daily Bread Food Bank a récemment indiqué au conseil municipal de Toronto que même si un modèle municipal éliminait totalement ces marges, l’économie théorique maximale serait d’environ 11 $ à 18 $ par personne par mois.

« Elle serait probablement moindre si l’on tient compte des coûts d’exploitation », soutient M. Lammam.

Or, une étude du Centre canadien pour les politiques alternatives soulignait cet hiver qu’une chaîne de supermarchés publique, qui achèterait un volume important de marchandise et qui abaisserait les prix grâce à des subventions publiques sur la main-d’œuvre, « pourrait réduire les prix des produits alimentaires d’environ 30 à 45 % selon le lieu de résidence ».

Selon le Centre, après un investissement gouvernemental de 350 millions pour ouvrir cinquante supermarchés au pays, « pour chaque dollar investi annuellement par le gouvernement, les consommateurs canadiens pourraient économiser 2 $ en retour ».

Ce que nous avons constaté dans les régions où ce système a été testé, c’est qu’il finit par coûter beaucoup plus cher.

Charles Lammam, senior fellow à l’Institut économique de Montréal

En entrevue, Charles Lammam rétorque qu’il est « très improbable » qu’un gouvernement puisse reproduire aussi facilement ce qui se fait déjà dans le secteur privé, où cette expertise existe.

Et il y a un autre angle mort dans cette affaire, souligne-t-il.

« Si, lors de la distribution de produits alimentaires, un incident lié à la sécurité des fruits survient pendant une tempête, les gouvernements pourraient s’exposer à des poursuites judiciaires, ce qui n’est pas négligeable, car cela pourrait engendrer des coûts supplémentaires pour le gouvernement », dit-il.