Le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Avi Lewis, a promis dimanche de remettre le parti sur les rails après la dégringolade des dernières élections en misant sur des politiques résolument de gauche et en axant son message sur le coût de la vie.
Le documentariste britanno-colombien s’est fait attribuer un mandat fort – avec 56 % des voix – par les militants pour reprendre les rênes du parti après la démission de son prédécesseur, Jagmeet Singh.
Quelque 71 000 membres du parti se sont prononcés au terme d’une course à la chefferie de six mois, qui a culminé dimanche avec un congrès à Winnipeg.
L’ambiance était visiblement à la collégialité: aussitôt élu, M. Lewis a invité ses quatre adversaires défaits à le rejoindre sur scène lors de son discours de victoire.
Les autres candidats étaient le dirigeant syndical Rob Ashton (6 %), la travailleuse sociale Tanille Johnston (7 %), la députée de l’Alberta Heather McPherson (29 %) et l’agriculteur Tony McQuail (1 %).
Il était considéré comme le favori de la course devant sa principale rivale, l’élue fédérale Heather McPherson, qui misait sur une approche pragmatique. Au contraire, M. Lewis, plus combatif, se revendique d’une gauche socialiste et se présente comme un candidat antisystème.
Il s’agit d’un premier saut en politique active pour le nouveau chef, qui avait déjà tenté à deux reprises de se faire élire aux Communes, en vain. Il vient toutefois d’une famille résolument politisée: son père, Stephen Lewis, a été chef du NPD en Ontario et son grand-père, David Lewis, est un des fondateurs du parti fédéral.
Avi Lewis est par ailleurs marié à Naomi Klein, autrice et figure intellectuelle de la gauche.
Résultats du vote au premier tour
- Avi Lewis: 39 734 (56 %)
- Heather McPherson: 20 899 (29 %)
- Tanille Johnston: 5159 (7 %)
- Rob Ashton: 4193 (6 %)
- Tony McQuail: 945 (1 %)
À titre de comparaison, l’ancien chef Jagmeet Singh avait obtenu 53 % des voix en 2017.
Lewis cible le 1 %
Dans son premier discours devant les militants, Avi Lewis a d’emblée plaidé que le NPD est le mieux placé pour faire face à la crise du coût de la vie.
« Je sais que tous les politiciens prétendent comprendre votre détresse et se disent scandalisés par les prix exorbitants. Mais ils ne vous en donnent jamais la raison: une économie truquée au profit des riches qui abandonnent la grande majorité d’entre nous », a-t-il dénoncé.
« Et ce dont ils ne parlent pas non plus, c’est de ceux qui sont responsables: un petit groupe de milliardaires qui contrôlent toutes les sphères de notre économie grâce à leurs amis du Parti libéral et du Parti conservateur », a-t-il poursuivi.
Seul le NPD vous dira la vérité: la crise du coût de la vie est alimentée par l’extrême richesse et par le pouvoir entre les mains du 1 %.
Il a par ailleurs vertement critiqué la direction prise par les libéraux de Mark Carney. « Notre gouvernement suit les États-Unis dans la guerre, les énergies fossiles, l’austérité et l’IA générative destructrice d’emplois », a-t-il asséné.
Le nouveau chef a promis qu’un gouvernement du NPD renforcerait plutôt les services publics en créant un réseau de prestataires publics pour l’alimentation, la téléphonie et Internet ainsi qu’une entreprise de construction publique pour construire des logements hors marché.
Devançant ses détracteurs, M. Lewis a soutenu que l’argent est là afin de concrétiser ces promesses. « Il nous faut un gouvernement qui ait le courage d’aller le chercher pour nous tous », a-t-il affirmé en proposant d’augmenter les impôts sur les sociétés et sur la fortune.
Dans son discours bilingue, M. Lewis a par ailleurs tenu à interpeller directement le Québec, province où un seul député néo-démocrate, Alexandre Boulerice, a été élu lors des dernières élections générales, un net contraste avec la vague orange de 2011.
Mon français n’est peut-être pas parfait, mais je tiens à vous dire que l’histoire des luttes du Québec brille fort au sein de notre parti. Les Québécois et les Québécoises ont soif de vraies solutions progressistes. […] Je veux que le NPD soit votre foyer. Nous allons bâtir ce mouvement ensemble et faire un retour en force au Québec.
Contexte difficile pour le NPD
Désormais chef extraparlementaire, Avi Lewis n’a pas avancé de calendrier pour tenter d’obtenir un siège aux Communes, affirmant que sa priorité serait plutôt de voyager à travers le Canada afin d’entamer un immense travail de reconstruction du parti.
Celui-ci a subi une véritable dégelée au dernier scrutin, sa députation s’effondrant à 7 élus, contre 24 au moment de la dissolution de la Chambre.
Le NPD a ainsi perdu son statut de parti officiel, ce qui le laisse avec une visibilité limitée lors de la période de questions aux Communes, en plus de le priver d’un siège au sein des commissions parlementaires.
Plus encore, le parti a récemment encaissé un autre revers quand la députée du Nunavut, Lori Idlout, a traversé la Chambre pour rejoindre le caucus libéral.
Le député Alexandre Boulerice pourrait également quitter le navire dans les prochains mois, lui qui songe à se porter candidat au provincial sous les couleurs de Québec solidaire.
Pour l’heure, le NPD stagne autour de 10 % des intentions de vote, selon les plus récents sondages.
Lewis suscite déjà des réserves
Le travail de reconstruction du NPD risque de ne pas être de tout repos pour M. Lewis qui, aussitôt élu, s’est attiré des critiques.
Dans une déclaration, la cheffe du NPD de la Saskatchewan, Carla Beck, a qualifié la position de M. Lewis sur l’exploitation pétrolière et gazière d’« idéologique et irréaliste » et a affirmé qu’elle refusera de le rencontrer tant qu’il n’aura pas revu sa position.
Pour sa part, le chef du NPD de l’Alberta, Naheed Nenshi, a estimé que le NPD fédéral prendra une orientation qui ne servira pas les intérêts de l’Alberta sous la direction d’Avi Lewis. « Nous croyons à la construction de nouveaux pipelines et à la réduction des émissions [de gaz à effet de serre]. […] Les Albertains méritent des dirigeants fédéraux qui comprennent l’importance de l’Alberta et notre rôle essentiel au sein de la fédération », a-t-il déclaré.
Durant sa campagne, Avi Lewis a clairement indiqué qu’il s’opposait aux autorisations fédérales pour les nouveaux oléoducs, les projets pétroliers extracôtiers et les terminaux de gaz naturel liquéfié, une position qui préoccupe de nombreux Albertains et Saskatchewanais.
Réagissant à ces déclarations fracassantes en entrevue avec CBC, M. Lewis a plaidé qu’il avait la responsabilité de rester cohérent dans ses positions, même si les dirigeants provinciaux du NPD expriment des inquiétudes quant à ses politiques en matière de pétrole et de gaz.
M. Lewis a ajouté qu’il accueille favorablement les discussions difficiles et qu’il se réjouira de s’entretenir avec Mme Beck lorsqu’elle sera prête.
Une course qui laissera des traces?
Présent au congrès, le premier ministre néo-démocrate du Manitoba, Wab Kinew, a de son côté eu des mots plus doux pour le nouveau chef, qu’il a félicité pour un discours « positif » et « inspirant ».
« J’adore tout simplement Avi, c’est une personne formidable et nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout pour accomplir de grandes choses ensemble », a-t-il lancé lors d’une mêlée de presse.
« Les grandes choses, ce sont les soins de santé, l’éducation. Oui, nous pouvons avoir des débats, des débats animés sur toutes sortes d’autres questions, mais les valeurs sont là. Nos valeurs, c’est que nous nous battons pour les personnes ordinaires, nous nous battons pour les gens qui n’ont pas de voix en ce moment, et c’est ce qui compte le plus. »
Le député Alexandre Boulerice, qui était resté neutre pendant la course, a pour sa part salué un résultat « assez éclatant pour Avi Lewis et son équipe ». « Ça démontre que les membres du NPD veulent du changement, du renouveau et une nouvelle orientation politique basée sur des principes sociaux-démocrates. »
Alors que la base militante du NPD était divisée entre la pragmatique Heather McPherson et le combatif Avi Lewis, M. Boulerice a reconnu qu’« une course à la chefferie, dans n’importe quel parti politique, peut laisser des traces ».
« La première tâche de tout nouveau leader est de rassembler tout le monde. Et c’est ce que je veux voir d’Avi dans les prochaines heures, dans les prochains jours. Sa tâche principale est de contacter les leaders provinciaux », a-t-il ajouté.
Les autres chefs fédéraux ont quant à eux félicité Avi Lewis pour son élection sur la plateforme X. Le premier ministre Mark Carney a promis une approche collaborative pour bâtir un Canada plus fort, le chef conservateur Pierre Poilievre s’est dit prêt à travailler avec M. Lewis pour demander des comptes aux libéraux et le chef bloquiste Yves-François Blanchet a salué une « diversité des vues qui est une richesse en démocratie ».
Avec des informations de CBC, de Yasmine Mehdi et de La Presse canadienne