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La Presse

Un vent de face pour le NPD au Québec

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) aura « beaucoup de travail à faire » pour reconquérir l’électorat québécois, convient son nouveau chef, Avi Lewis. Il dit aujourd’hui tendre la main aux progressistes qui ont voté pour Mark Carney l’an dernier « par peur de Donald Trump ».

On le sent: pour bien des gens, le sentiment, c’est qu’on n’a pas voté pour ça […], pour un investissement massif dans les pipelines, pour la croissance des investissements dans le militaire, l’armement

affirme M. Lewis en entrevue avec La Presse, à l’occasion d’un séjour de quelques semaines dans la métropole.

Sa venue n’est pas un hasard: une série d’élections partielles fédérales devront se tenir dans les prochains mois, mais celle de Rosemont–La Petite-Patrie est particulièrement névralgique pour le NPD en raison du départ d’Alexandre Boulerice, qui s’est joint à Québec solidaire (QS) sur la scène provinciale.

C’est le militant pour les droits des chômeurs Pierre Céré qui tentera de succéder à M. Boulerice. Il s’agit d’une deuxième tentative en politique pour le principal intéressé, qui s’était lancé en 2014 dans la course à la direction du Parti québécois (PQ), avant de déclarer forfait en raison d’un manque de fonds.

Pierre, c’est un homme bien connu ici, avec une longue carrière et des valeurs alignées avec celles de M. Boulerice, puis de nous tous comme sociaux-démocrates. Avec lui, je pense qu’on a une très bonne chance de conserver le siège

affirme M. Lewis, au sujet de son candidat.

Tout près, dans Laurier–Sainte-Marie, l’épidémiologiste Nimâ Machouf tentera sa chance pour la quatrième fois, mais cette fois sans la présence de Steven Guilbeault, l’ex-ministre de l’Environnement ayant mis fin à sa carrière politique en mai après une série de reculs du gouvernement.

M. Lewis estime que les Québécois auront un choix « crucial à faire à un moment unique ».

Ça survient alors que le gouvernement Carney prend une tangente à droite, qu’il fait fi de la crise climatique. Il faut envoyer le message que l’option progressiste est encore là.

Séduire les électeurs ne sera pas une tâche facile. Le NPD a connu une sérieuse déconfiture lors du plus récent scrutin, passant de 24 à 7 députés, puis 6 après le départ de la députée du Nunavut, Lori Idlout, passée chez les libéraux.

Je sais que nous avons beaucoup de travail à faire. On voit les sondages, on voit les défis, mais on a aussi beaucoup d’énergie.

— Avi Lewis, chef du NPD

Le quinquagénaire veut y arriver en « unissant réellement les troupes », ce que son prédécesseur Jagmeet Singh n’a pas toujours réussi à faire. Sur la question des pipelines, M. Singh avait par exemple été très critiqué pour sa position floue, un symbole fort des tensions entre militants écologistes et la base ouvrière du parti.

Comme chef, j’arrive avec un certain changement dans la communication interne. Mon message, c’est qu’on peut avoir des différends dans la famille, c’est normal, mais qu’il faut s’organiser à travers ces différences, parce que les valeurs profondes sont les mêmes

dit M. Lewis à ce sujet.

Depuis son élection en mars 2026, le chef a déjà pris quelques engagements, dont une politique d’épicerie publique pour diminuer les prix à l’achat de 30 à 40 %, un programme qui coûterait jusqu’à 300 millions par année à l’État.

Personne d’autre n’offre des choix comme ça. C’est un appel à la classe ouvrière, aux syndicats, et à monsieur et madame Tout-le-Monde qu’on fait

lance-t-il.

Qui est Avi Lewis?

Ex-documentariste et journaliste âgé de 59 ans, Avi Lewis est originaire de la grande région de Toronto. Avant son arrivée sur la scène politique, il a notamment été animateur pour les chaînes anglophones CBC et CTV, en plus d’être correspondant pour Al Jazeera. Sur le plan personnel, M. Lewis est issu d’une famille très engagée socialement, son père Stephen Lewis ayant été député et chef du NPD ontarien, tandis que son grand-père David Lewis a été chef du NPD fédéral dans les années 1970. Son arrivée à la tête du parti marque pour des observateurs un virage à gauche assumé, avec un accent à prévoir sur la taxation des grandes fortunes.